À propos des cartes géologiques

Réflexions à l'usage des géologues de terrain débutants,
par Maurice GIDON (texte inédit).


A/ Introduction :

La mise en chantier de ce petit texte, qui portait le titre de "Principes et méthodes de la Cartographie géologique en terrains sédimentaires" date de 1989. Mais il est resté depuis cette date dans les cartons de son auteur sans être mené à son terme. Il est présenté ici tel quel (sans les illustrations qu'il était envisagé d'y ajouter et bien que quelques développements n'y soient qu'ébauchés), en pensant que certains lecteurs, parmi les nombreux qui se posent des questions sur les cartes géologiques, y trouveront néanmoins de l'intérêt.

La rédaction de ce texte avait été suscitée par la demande d'un étudiant étranger s'enquérant de l'existence d'un manuel de cartographie géologique en langue française.
Or un tel ouvrage n'existe pas, à ma connaissance. La raison la plus probable en est que tous les géologues sont bien conscients que l'enseignement de la cartographie doit se faire par la pratique sur le terrain et non de façon théorique. En effet, en cette matière (comme en beaucoup d'autres d'ailleurs) l'apprentissage "par l'erreur" est le seul valable. Ceci conduit d'ailleurs à considérer que le rôle de l'enseignant est principalement de contribuer à abréger le temps nécessité par cet apprentissage, en mettant en lumière les erreurs commises et en indiquant comment les corriger.
La pratique pédagogique montre néanmoins, comme il est normal, que chaque génération d'étudiants répète les mêmes erreurs et pose les mêmes questions que l'on peut donc considérer comme "classiques". On peut, en conséquence, faire un inventaire et un commentaire par écrit de celles-ci, de telle sorte que les étudiants puissent retrouver, sous un plan ordonné, les remarques qui leur seront faites dans la nature, au hasard des cas particuliers rencontrés. De surcroît ils pourront aussi entendre parler d'autres cas de figure, que le volume et la variété limités des enseignements sur le terrain ne leur auront pas donné l'occasion de rencontrer. C'est ce que j'ai tenté ici, mais je m'en voudrais si cela devait conforter l'illusion que la lecture d'un manuel peut permettre d'apprendre la cartographie. Le présent texte doit donc être considéré comme une sorte d'aide-mémoire récapitulatif qui devrait être lu après avoir commencé de pratiquer la cartographie, plutôt qu'avant !

Il faut préciser que ce texte concerne tout particulièrement la cartographie géologique des terrains sédimentaires en pays de montagne et qu'il est l'expression de l'expérience acquise, en ce domaine, par son auteur, au cours du lever de plusieurs dizaines de cartes géologiques des Alpes occidentales françaises (à titre de responsable ou de collaborateur) et de la direction de plusieurs dizaines de stages d'étudiants consacrés à cette activité.

Pourquoi apprendre à lever des cartes géologiques ?

La première question qui se pose est évidemment est celle de l'utilité de cette discipline de travail, que d'aucuns ont pu (notamment ces dernières années) considérer comme désuète. Deux réponses sont à apporter, la première étant qu'elle a un intérêt fondamental pour la formation du géologue, la seconde que l'on a encore besoin de faire des cartes géologiques ou de réviser celles existantes.

a) Apprendre le lever cartographique est essentiel dans la formation du géologue

Le lever cartographique est avant tout un outil de base, que l'on peut dire "multi-usages" puisqu'il sert à toutes les disciplines, bien que l'usage structural soit évidemment prédominant.

D'abord la carte est un mode de représentation privilégié des observations de terrain. C'est le meilleur carnet de notes, si l'on veut que les observations conservent leurs relations dans l'espace (d'ailleurs nombre de praticiens consignent parfois directement sur leur carte, dans des "bulles" du type de celles des bandes dessinées, des observations complémentaires que l'on s'attendrait plutôt à trouver sur leurs carnets).
En retour la lecture des cartes existantes, qui est une source fondamentale de documentation, se comprend d'autant mieux que l'on aura pratiqué soi-même le dessin sur le terrain.

L'apprentissage de la carte se pratique à toutes échelles.
L'échelle qui convient le mieux est celle de la carte détaillée (1/10.000°) car elle maintient des relations de ressemblance très étroites entre la représentation cartographique et le paysage directement observable.
D'autre part cette échelle permet d'être à l'aise pour porter ses efforts à affiner le dessin et permet de recueillir un grand nombre de données sur une faible surface, ce qui permet de ne pas avoir à parcourir de trop grandes distances pour avoir une base de travail substantielle. Encore faut-il toutefois que sur une surface ainsi réduite il y ait suffisamment d'observations à valeur exemplaire et de type différent à se mettre sous la dent pour que l'exercice soit aussi largement instructif que possible : c'est pourquoi les régions vraiment favorables aux camps de terrain pour étudiants sont plus rares que l'on pourrait le croire ...
Au contraire lorsque l'échelle est plus petite (par exemple dès le 1/50000°) la représentation devient plus symbolique, synthétisant les faits pour dégager des ensembles en négligeant les fins détails (notamment ceux servant de repères locaux), de sorte que la carte s'éloigne plus du paysage et se manipule moins aisément à tous égards.

b) Il y a encore besoin de lever des cartes géologiques

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, cela restera vrai pour de nombreuses années encore (même à l'intérieur du territoire français), et ce pour plusieurs raisons :

1 - Amélioration de la "couverture" cartographique :

Il n'y a plus de vraies "zones blanches", du point de vue du lever géologique, sur la carte du monde. Toutefois de nombreuses régions du monde ne sont levées qu'à des échelles de l'ordre du 1/100000° ou du 1/200000°, avec une densité d'exploration sur le terrain peu serrée, et souvent par larges appels à l'interprétation photogéologique de clichés aériens ou de satellites. Le passage à des échelles plus précises est une évolution naturelle qui change la nature même des renseignements que l'on peut escompter tirer de la carte. Un exemple de cette évolution normale est celui de la couverture de la France : c'est à une date relativement récente qu'il y a eu passage progressif du 1/80000° (abandonné seulement dans les années 1980) au 1/50000°. De plus on observe un accroissement de la précision du dessin des cartes à 1/50000° qui va de pair avec un changement presque généralisé de l'échelle de travail lors des levés, qui est passée du 1/25000° au 1/10000°. Il est peu probable cependant, pour des raisons financières et malgré la suppression de la carte topographique à 1/50000° par l'I.G.N., que l'on mette en chantier une carte au 1/25000° comme celle de la Suisse (dont la couverture est d'ailleurs très incomplète et très peu homogène au point de vue des dates de publication des cartes existantes).

En fait on peut dire que l'on éprouvera la nécessité d'établir de nouvelles cartes (en général précises) chaque fois qu'il s'agira de satisfaire des besoins locaux ou circonstanciels. Par exemple pour des applications pratiques, telles que les travaux publics, l'échelle du 1/50000° n'a d'intérêt qu'au stade du dégrossissage des connaissances et il est nécessaire de pratiquer des levers plus précis, souvent jusqu'au 1/2000°, pour chaque problème étudié.

2 - Réfection du stock existant :

La nécessité de la révision d'une carte vient de ce qu'elle "vieillit", c'est à dire qu'elle ne répond plus suffisamment bien à la demande du moment.
Cela peut d'abord résulter de la parution de nouveaux fonds topo (eux mêmes révisés). Ce fut le cas lors du passage des cartes dites "d'Etat major", au 1/80.000°, à celles en courbes, au 1/50.000°, mais cela se reproduit aussi à l'occasion de la réfection, encore en cours, de ces dernières : elles ont en effet été d'abord basées sur des levés à la planchette, puis sur une photogrammétrie au sol, enfin sur l'exploitation de photos aériennes, avec des compléments sur le terrain de plus en plus améliorés d'une édition à la suivante.
Mais surtout ce vieillissement se fait jour en général de façon progressive. Cela résulte par exemple de modifications du terrain (routes, grands travaux, éboulements naturels, etc...) qui occasionnent la mise en évidence de données non accessibles lors du lever de la carte. Les données enregistrées sur la carte apparaissent aussi insuffisantes, au bout d'un certain délai, du fait de l'évolution des techniques d'analyse (mesures microtectoniques, microfaciès, analyse du métamorphisme).
Enfin les cartes sont, comme les hommes qui les font, sujettes aux erreurs (aux différents stades de leur fabrication, d'ailleurs). Chaque auteur qui parcourt une nouvelle fois un terrain qu'il a levé en fait l'amère expérience.

En France la couverture à 1/50000° est maintenant presque complète et les cartes à cette échelle font maintenant l'objet de révisions et de nouvelles parutions lors de leur épuisement ou même avant, lorsque l'évolution des connaissances et des concepts ou les faiblesses du travail des auteurs de la première édition les font paraître suffisamment désuètes. Le délai moyen est de l'ordre de 25 ans.

B/ Quelques remarques générales

1/ Le degré de fiabilité des cartes géologiques

Le profane se fait souvent une idée fausse de ce que l'on peut attendre des cartes géologiques, ce qui l'amène à être surpris, lors des premières utilisations, par l'écart entre la représentation cartographique et l'observation du terrain. Cela tient essentiellement à ce que la carte ne saurait être un document parfaitement objectif (comme le serait une photo) mais est l'expression par un dessin de ce qui a été vu, et donc, comme tout dessin, le fruit d'une interprétation.
En outre ce dessin est basé sur des explorations effectuées selon des tracés foncièrement linéaires (voire ponctuels) qui ne permettent donc pas de balayer toute la surface représentée. En d'autres termes il est impossible au cartographe d'aller partout et il est donc astreint à pratiquer des interpolations pour "couvrir" les surfaces non parcourues.

a) Il y a donc un problème d'objectivité, puisque le lecteur se trouve, devant la carte, dans l'impossibilité de savoir si la représentation fournie en un point donné résulte d'une observation réelle ou d'une interpolation. Ce problème, qui avait été totalement négligé dans les premiers temps de la cartographie, se manifeste de façon de plus en plus aiguë avec la précision accrue que les auteurs comme les lecteurs souhaitent voir introduire dans les cartes modernes.
Il est notamment un cas commun où ce problème est tout particulièrement crucial : c'est celui des limites d'extension des terrains de couverture. Ces dernières, qui sont celles qui cachent le bed-rock, ont, en tant que masque, une efficacité qui n'est nullement proportionnée à leur épaisseur ni, par conséquent, à l'importance qui devrait leur être accordée sur la carte. C'est ainsi que selon le degré de scrupule des auteurs la surface cartographique des affleurements de bed-rock peut se rétrécir comme peau de chagrin vis à vis de celle attribuée aux terrains de couverture ou vice-versa. Disons immédiatement qu'il n'y a aucune recette miracle pour trouver le juste milieu et que, même si l'on a déjà une grande expérience, on reste exposé à voir par exemple, à l'occasion de l'ouverture d'une tranchée de route, que le bed-rock y est mis à nu sous seulement 50 cm de formations superficielles alors que l'on avait cru ces dernières fort épaisses. Un exemple spécialement représentatif de ce cas est celui des glacis quaternaires où la tranche sédimentaire est parfois fort mince, aussi bien au plein coeur de l'affleurement de la formation que sur ses bords.

Sur un plan plus général ce problème impose donc d'essayer de donner un rendu objectif des observations afin de mieux préciser le degré de fiabilité du document fourni à l'utilisateur. La solution consiste, dans la mesure où cela est matériellement possible, à utiliser deux types de figurés, tant pour les contours que pour les couleurs, selon que le dessin traduit une observation ou une interpolation. En fait c'est là une distinction elle même peu objective car un affleurement représenté comme certain n'aura jamais été parcouru intégralement et une certaine part de "vu à distance" (variable selon les conditions topographiques et météorologiques) est toujours prise en compte comme observation objective.

En fait on constate que cela reste peu pratiqué sur les cartes régulières. La raison en est que leur échelle est trop petite (et souvent plus petite que celle à laquelle ont été pratiqués les levés), de sorte que les plages d'incertitude seraient à la fois très nombreuses et très petites, donnant une impression de mosaïque qui nuirait à la lisibilité.

Il n'en reste pas moins que sur les levés de terrain, où l'échelle plus grande permet en général de faire la distinction entre ce qui vu et interpolé il est très précieux de pratiquer cette double figuration. Cela permet de conserver un document plus proche du vécu, consultable ultérieurement lorsque les impressions de terrain et même son souvenir se seront dissipées de la mémoire. Diverses raisons y poussent :

- d'abord se souvenir soi-même au moments des synthèses interprétatives, notamment structurales, de ce qui est sûr et de ce qui, au contraire, est incertain et ne contraint donc pas l'interprétation ;

- ensuite garder trace des points qui seront à revisiter (car insuffisamment vu) si l'on veut ultérieurement préciser le lever ;

- enfin permettre de répondre ainsi à d'éventuels utilisateurs ultérieurs soucieux de connaître les bases les plus solides de la carte.

b) Ceci amène à parler de la maille du réseau d'observations, c'est à dire de l'intervalle séparant les observations ponctuelles ou (plus généralement) les cheminements le long desquels elles sont faites. Cet intervalle varie en fonction des besoins et de l'échelle de la carte, mais on peut considérer que la valeur moyenne est (à l'échelle du document final imprimé) de l'ordre de un à deux centimètres de distance entre les cheminements (cela correspondant à une surface non visitée, mais néanmoins examinée à distance dans la plupart des cas).
Toutefois d'autres facteurs de variabilité de la maille interviennent : ce sont l'intérêt (notamment structural) du secteur et la finesse de ses motifs structuraux et les difficultés de cheminement. Par exemple les grandes falaises abruptes et les vastes épandages alluviaux ne bénéficient pas fréquemment d'une maille d'observation bien serrée (dans le premier cas l'exploration se fait au "marteau suisse", c'est à dire aux jumelles ...).

2/ Les spécificités du travail de lever de carte

La cartographie géologique est un travail qui doit être avant tout scrupuleux et méthodique. Il exige une grande vigilance, pour exploiter au maximum les cheminements parcourus, et présente des aspects pénibles (aller à des endroits difficiles ou désagréables) et parfois fastidieux (aller à des endroits sans intérêt géologique).

Il ne faut pas croire cependant que le cartographe doit se conduire comme une machine non dotée d'intelligence et n'être qu'une sorte d'aide géologue rapportant fidèlement des données objectives (non "entachées" d'interprétations), à partir desquelles pourront ensuite se bâtir vues d'ensemble et interprétations. Certes une "observation objective" est souvent prônée pour contrebalancer la tendance à trop vite construire des édifices théoriques mal fondés (l'opposé du cartographe scrupuleux serait le "petit génie" qui essaye de comprendre rapidement, à l'aide de seulement quelques observations bien choisies). Si le principe en est bon l'application pratique à en faire doit être fortement nuancée.
Il faut en effet souligner le caractère illusoire de cette prétendue "observation objective", non dirigée, qui conduirait d'une part à se déplacer sur le terrain au hasard ou suivant une règle abstraite de tout présupposé géologique, et d'autre part à ne pas se laisser influencer par les faits connus lors de l'observation. En effet les faits ne viennent pas tout seuls à l'observateur (notamment pas ceux qui sont le plus significatifs) : il faut les détecter ("on ne trouve que ce que l'on cherche"). D'autre part le "fait" objectif, enregistré scrupuleusement, hors de tout cadre interprétatif, ne saurait exister, en raison du "filtre interprétatif" lié aux connaissances générales de l'observateur et à celles qu'il a du contexte régional.

Plusieurs aspects se rattachent à ces remarques :

a) Le mode opératoire préconisé pour la majorité des situations et pratiqué (implicitement sinon consciemment) par la plupart des praticiens est le suivant :

- Chaque nouvelle observation est confrontée, sitôt faite, avec les précédentes pour aboutir sur le terrain à un schéma interprétatif. Celui-ci sera souvent très simple voire simpliste, tel que "compte tenu de son pendage cette couche prolonge bien son équivalent précédemment observé".
- Si le schéma déduit des observations antérieures s'avère inadapté on a coutume de dire qu'il y a une anomalie. Ceci veut dire en fait qu'il faut vérifier qu'il n'y a pas d'erreur. Ainsi l'observation est mieux exploitée et éventuellement contrôlée ou complétée sur le champ.
Si l'observation est correcte il faut alors changer le schéma ou y introduire des paramètres complémentaires. Chaque fois qu'un nouveau schéma est envisagé il est préférable de le matérialiser par un croquis (pour mieux en distinguer les difficultés éventuelles). En procédant ainsi l'interprétation dirige éventuellement l'exploration en suggérant les points de vérification à visiter (c'est la mise en action des "hypothèses de travail"). C'est de cette façon que l'on peut "rentabiliser" ses déplacements et gagner du temps en s'épargnant des trajets inutiles ou peu fructueux.

b) La cartographie assistée par ordinateur a été prônée, parfois avec le prétendu souci d'objectivité évoqué plus haut, en considérant (de façon fort réductrice par conséquent) que le géologue de terrain n'était qu'un outil de récolte de données, dont le rôle se limite à faire la diagnose plus ou moins précise des échantillons prélevés et le pointage du lieu de prélèvement. Le principe est de porter sur la carte le résultat de ces observations, réalisées de préférence selon une maille prédéfinie, puis de charger un logiciel de tracer des contours tels qu'ils regroupent en plages les points où la roche observée est la même.
Il est de fait qu'une aide peut être ainsi apportée par l'ordinateur dans le tracé de la carte. C'est notamment dans le cas du levé en régions très couvertes ou lors de l'exploration de très vastes espaces, cas où les processus mentaux envisagés ci-dessus sont inapplicables et où un levé par observations ponctuelles répétées selon un maillage établi à l'avance tend à s'imposer pour "couvrir" la région.
Dans les autres cas les remarques faites plus haut montrent que le processus de levé "bête", vers lequel on risque ici d'être orienté par l'option informatique, conduiront immanquablement à une baisse de qualité de l'information recueillie et du rendement informatif en conduisant à négliger les secteurs à problèmes et à passer au contraire trop de temps à relever des données dans les aires où il ne "se passe rien" .....

Enfin on peut souligner que c'est surtout lors de l'exploitation des données d'observation à d'autres fins que le dessin d'une carte classique que le fait d'avoir stocké informatiquement ces données aura des cotés positifs. Par exemple la recherche et les mesures portant sur toutes les plages d'affleurement d'une même roche sont énormément facilitées.

D'autre part il est clair que l'ordinateur peut constituer, au même titre que la plume et les crayons de couleur, un outil de dessin : son emploi de cette façon est très positif car il améliore grandement la netteté du résultat et facilite énormément les corrections et additions. Mais cela ne constitue pas un traitement informatique des données géologiques de terrain et ne change rien au travail du cartographe (à part la nécessité de se procurer et d'apprendre à utiliser un logiciel ad hoc).

3/ Que cartographier ?

La réponse à cette question, pour la cartographie en terrains sédimentaires, renvoie en fait à se rappeler quelques notions stratigraphiques fondamentales.

a) Rapports entre cartographie et chronostratigraphie :

On sait que l'un des buts essentiels du stratigraphe est de dater les couches, au moins relativement les unes par rapport aux autres, en se référant à l'Echelle stratigraphique. Le cartographe ne saurait en aucune manière se désintéresser de cet aspect mais il accordera toujours un rôle second de la datation et un rôle prioritaire de la reconnaissance des ensembles lithologiques (formations, membres, niveaux repères). Diverses raisons justifient cela :
- l'incertitude chronologique : L'age d'une couche n'est connu qu'après recherches supplémentaires, le plus souvent par datation de récoltes paléontologiques. La cartographie ne peut attendre que ces résultats soient (éventuellement) acquis et doit se faire en l'absence de ces résultats.
- L'obligation pratique : Les limites des ensembles chronostratigraphiques (par exemple des "étages") sont, dans le cas général, situées à l'intérieur même des ensembles lithologiques (par exemple des "formations"). Comme telles elles ne sont repérables que ponctuellement et ne peuvent être tracées sur une carte. Bien que des générations de stratigraphes-cartographes aient déployé des efforts considérables en vue de déterminer des repères lithologiques coïncidant avec des limites d'étages il faut voir que le résultat n'est jamais qu'approximatif.
- L'intérêt intrinsèque pour l'utilisateur : Ce dernier cherche à connaître avant tout la répartition des ensembles naturels et ceux-ci sont des ensembles lithologiques. Lorsque l'intérêt porté à la carte est motivé par des raisons pratiques, telle que la recherche de matériaux d'exploitation, ceci est encore plus évident

b) Finesse des distinctions à établir

On peut cartographier toutes les limites lithologiques, depuis celle des formations jusqu'à celle des niveaux repères les plus fins ou les plus subtils. Dans la pratique on ne peut multiplier à l'infini et le choix sera fonction de divers facteurs :
- le degré de diversification de la colonne stratigraphique (séries compréhensives et différenciées) : exemples.
- Adaptation à l'échelle et aux conditions matérielles du travail.

c) Quelques embarras classiques :

1- Comment traiter les passages transitionnels ?

On peut procéder de façon variable en fonction de l'échelle et de la progressivité du passage :
- Les représenter par des limites en tracés spéciaux (autres que des tiretés si l'on utilise déjà le tireté pour les limites incertaines !) : cas des transitions rapides.
- Distinguer une succession de plusieurs niveaux correspondant chacun à un degré de changement dans la transition : Cas des transitions progressives, c'est à dire occupant une bonne surface à l'échelle de la carte.

2- Comment représenter des "détails trop fins" ?

En fonction de leur importance ces derniers devront être négligés (s'ils ont peu de signification) ou, au contraire, caricaturés. Deux méthodes :
- les représenter à leur vraie place, en les dilatant par rapport à l'échelle. Cela est particulièrement facile pour les affleurements isolés, car on empiète alors sur le Quaternaire, ce qui est rarement grave.
- donner une carte agrandie du site où ils s'observent, en annexe : on peut faire que de cette façon dans les secteurs où se juxtaposentde nombreux affleurements minuscules.
- regrouper plusieurs affleurements sous un sigle compréhensif (par exemple représenter globalement un olistostrome plutôt que les olistolites qui le constituent).

d) Importance de la mise en oeuvre d'une "lecture" de la morphologie.

L'interpolation des contours est souvent grandement aidée par l'observation de morphologies structurales (c'est à dire induites par les changement de nature du sous-sol). Plusieurs cas sont classiques (voir le cours de tectonique) :
- Morphologies de cuestas, permettant de suivre un niveau donné.
- Morphologies de collapses (Niches d'arrachement et loupes de glissement) permettant de les délimiter et de ne pas les confondre avec des chevauchements d'origine tectonique.
- Morphologies de failles (abrupts de miroirs de failles) aidant à rechercher leurs prolongements (mais rarement à les tracer sans visite de contrôle).

d) Principaux types de géométries pouvant être rencontrées dans le dessin des contours

Le tracé des contours géologiques dépend d'abord des rapports d'intersection entre les surfaces cartographiées et celle de la topographie. Le principe fondamental est celui de la formation des "V topographiques". Il s'applique aussi bien aux failles qu'aux couches (voir les T.P. de cartographie).

De plus ces tracé expriment souvent la géométrie des surfaces-limites stratigraphiques et/ou de leurs rapports entre elles. Les complexités de cette géométrie peuvent découler d'une organisation originelle, stratigraphique (ce que l'on a tendance à oublier), ou de déformations ultérieures (tectoniques).; quelques développements sur cet aspect sont donnés en annexe
(pour plus de compléments voir les ouvrages de tectonique et de stratigraphie).

En fait l'oeil d'un géologue exercé voit assez rapidement, par la manière dont s'organisent les contours, quelle est la disposition, en coupe et même en 3 D, des couches dans le secteur concerné : c'est notamment par ce caractère que la carte géologique s'avère être le document de base dans la description structurale d'une région. Cette propriété est mise à profit dans l'enseignement en l'utilisant comme base pour la construction de coupes, de blocs et de schéma structuraux (= T.P. de cartographie).

4/ Temps nécessité par le lever et la publication d'une carte :

C'est une question souvent posée, mais à laquelle on ne peut donner de réponse précise. Le temps consacré à la "rédaction" d'une carte se partage entre l'exploration du terrain et la mise en forme des données recueillies.
Le temps nécessité par le lever lui même est variable en fonction de multiples facteurs :
- degré de précision souhaité (lui-même fonction de l'échelle)
- difficulté intrinsèque du secteur (présence ou non de complexités d'organisation tectonique et/ou stratigraphique) ;
- niveau des connaissances antérieures, notamment sur l'échelle stratigraphique ;
- conditions matérielles du travail : facilités ou génes dans l'hébergement et le cheminement : abondance du couvert végétal et météorologie ;
- enfin niveau d'expérience et de "sens tactique" du praticien.

On peut donner comme vitesses moyennes de lever des valeurs de 1 à 2 km2 par jour, en terrain moyennement tectonisé et d'accès moyennement aisé. Par exemple dans les chaînes subalpines une carte au 1/50.000° demande environ 200 journées de travail de terrain.
La mise en forme des données par l'auteur, pour leur transmission est plus ou moins longue selon le caractère plus ou moins approfondi de l'exploitation qui en est prévue. On peut l'évaluer à une demi-journée par journée de terrain.

En France, la publication des cartes "régulières" (à 1/50.000°) est assurée par le BRGM qui confie la responsabilité des levers à un auteur principal qui doit assurer la coordination des travaux de ces divers auteurs. La mise au point du dessin de la légende et de la notice est assurée par l'auteur principal (selon les règles de normalisation adoptées par le BRGM). La minute de la carte est dessinée et remise, accompagnée de sa notice, au service de la Carte. Elle est alors examinée par une commission spéciale et, suivant les avis de deux rapporteurs, acceptée ou soumise à des modifications plus ou moins importantes (comme il est coutumier chez les autres organismes éditant des publications scientifiques) : cette étape demande encore au minimum 6 mois ...
Les travaux d'impression proprement dits, sont assurés par un service spécialisé du BRGM (avec correction d'épreuves à trois niveaux : contours et notations, couleurs, notice). Pour des raisons d'organisation du travail (planification d'ensemble d'un service à effectif réduit, allers et retours entre le service et les auteurs) ces travaux durent le plus souvent guère moins de deux à trois années ....

C/ Techniques exploratoires :

1/ Comment choisir ses itinéraires :

Trois méthodes (dont la distinction est un peu théorique) sont à la base de tous les comportements envisageables :

- balayer la surface, en procédant par aller-retour, comme on laboure un champ ou comme le spot télé balaye l'écran. En ce cas l'idéal est de suivre des tracés en moyenne orthogonaux par rapport aux lignes structurales (azimuts des couches et des axes de plis) pour recouper en divers points chacune d'entre elles. L'amplitude et la longueur d'onde sont variables et seront surtout à choisir en fonction de la dimension de la zone à balayer, en fonction du temps imparti. Diverses autres considérations "tactiques" telles que les possibilités ou les facilités de cheminement les détermineront aussi.

- filer le contour : luxe à réserver à des levers de haute précision ou au traitement de problèmes particulièrement épineux, donc plutôt occasionnel. Le balayage se fait comme ci dessus mais avec une amplitude très modeste (parfois de quelques décimètres seulement) les trajets retour débutant dès que l'on reconnaît se trouver dans l'un ou l'autre des deux ensembles à délimiter par le contour. La longueur d'onde dépend étroitement de la précision souhaitée.

- Parcourir les noeuds d'un réseau prédéterminé, avec une maille définie a priori, et y pratiquer des observations ponctuelles. Cette méthode est surtout appliquée en terrains très couverts, les observations consistant alors en sondages.

Trois pratiques sont également communes, bien que théoriquement moins logiques :

- Emploi des suivis de thalwegs et crêtes : intérêt pour qualité des affleurements mais pb de repérage associés (notamment à l'altimètre).

- Emploi des suivis de sentiers et routes : intérêt pour aider au repérage et pour mise à nu d'affleurements

- Lever en deux étapes : Première exploration lâche et rapide suivie de retours plus précis sur des secteurs ainsi délimités. Le retour, au cours d'une 2° mission plutôt que dans l'immédiat, sur ces secteurs tests est souvent la meilleure solution. Elle présente en effet le gros avantage de donner le temps de décanter les faits recueillis et donc de favoriser l'éclosion des hypothèses de travail.

Au total toutes ces méthodes sont à combiner intelligemment, en fonction des divers impératifs (notamment de spécificités du terrain et de temps imparti), sans surtout qu'aucune ne soit exclusivement adoptée.

En fait le cartographe doit lutter contre deux tendances (d'ailleurs contradictoires) qui sont également nuisibles, celle du choix de l'itinéraire confortable et celle de l'approfondissement des problèmes rencontrés par un "décorticage" approfondi des secteurs où ils se posent (c'est ce que l'on appelle communément "s'y planter", si l'on exagère ...). L'équilibre est délicat à trouver et pose même des problèmes de conscience professionnelle.

2/ Comment se déplacer et observer en même temps :

- Il est nécessaire de faire preuve de la plus grande vigilance :

Il faut tout voir au passage, sous les pieds, à gauche et à droite et à distance (intérêt des changements de perspective) pour "rentabiliser" son parcours. C'est là une tension nerveuse fatiguante que les débutants ne parviennent pas à soutenir une journée durant (tous les enseignants connaissent la rupture d'attention des étudiants vers 16 h. ...). Si l'on manque à cette vigilance, des observations (éventuellement très communes, comme une mesure de pendage) manqueront et nécessiteront la perte de temps d'un retour sur des lieux déjà visités.

D'autre part un affleurement doit être examiné sous différents angles : l'un d'entre eux seulement sera peut-être favorable pour observer la stratification (notamment les accidents sédimentaires tels que micro-chenaux, qui nécessitent une section perpendiculaire à leur axe pour pouvoir être distingués), la schistosité ou les divers clivages.

- Cartographie sur l'affleurement et cartographie à distance :

La cartographie par visite d'affleurements successifs est évidemment la méthode la plus sure et celle qui permet de recueillir le plus d'informations. Elle a parfois cependant l'inconvénient de montrer plus les détails que les ensembles dans lesquels ils prennent place (comme on dit : "l'arbre cache la forêt"). C'est également la méthode la plus longue et les débutants ont de la peine à gérer leur temps en ne passant sur chaque affleurement que le temps convenable compte tenu des délais impartis pour le travail total.
La cartographie à distance est la seule praticable dans les parois abruptes ou sur la rive opposée d'un cours d'eau infranchissable. Sa pratique peut être améliorée par l'emploi des jumelles, qui sont traditionnellement qualifiées de "marteau suisse" (en raison de la fréquence de belles parois, bien lisibles, en Suisse mais aussi dans d'autres régions alpines). Une variante moderne est l'emploi de photos aériennes zénitales, très pratiqué (parfois exclusivement, par certains spécialistes).
Il faut souligner l'importance de la combinaison de ces deux manières de procéder : C'est une grave erreur de trop se fier à l'observation à distance, mais c'en est une, non moins grave, de s'en priver. Certes, seule l'observation locale donne des certitudes sur la nature et la texture des roches, mais l'observation à distance donne le contexte et les rapports entre les affleurements. En outre elle suggère souvent des hypothèses qui impliquent d'aller visiter les points qui, à sa lumière, paraissent cruciaux ou intriguants.

- Quand faut-il dessiner sur la carte ? :

Le débutant scrupuleux sort sa carte tous les 10 m, même si, à son échelle de travail, cela ne représente que 0.4 mm (ce qui est le cas à 1/25.000°).

En fait il faut savoir attendre d'avoir couvert une surface minimale (de l'ordre de quelques millimètres sur la carte) pour dessiner ainsi un petit ensemble dans lequel toutes les observations ponctuelles trouvent leur place relative. Il faut donc emmagasiner dans la tête pendant quelque temps les observations. Mais il est préférable de ne pas aller trop loin dans ce sens et il est très souhaitable, si cela est possible, de "carter" avant d'avoir perdu de vue les points visités (choisir même un point d'où on les englobe du regard pour en voir les relations).

- Comment se tenir et tenir la carte lorsque l'on dessine ? :

Certes on travaille mieux assis que debout, mais si l'observation à noter est sur une pente (ce qui est fréquent) il faut lui faire face, et non lui tourner le dos. C'est seulement ainsi que l'on placera correctement les contours, avec leur obliquité correcte, par rapport aux lignes topographiques telles que crêtes, thalwegs, chemins et courbes de niveau.
Il faut perdre l'habitude de disposer la carte de façon à lire les écritures (c'est à dire "le nord en haut"). Cela n'a 99 fois sur 100 aucun intérêt. Il est très important (et ce d'autant plus que l'on est plus débutant, d'ailleurs) de l'orienter correctement par rapport au nord géographique, pour que les rapports entre les points observés soient dans le même sens sur la carte que sur le terrain.
C'est alors au cartographe de se déplacer, par rapport à la carte correctement orientée, pour être face à l'observation à noter : On s'habituera assez bien, après une période d'accoutumance, à maintenir la carte orientée immobile et à "tourner" autour d'elle, par un jeu de mains, à chaque changement de la direction du regard.

3/ Comment procéder dans les cas ambigus

a) Distinguer les vrais affleurements lorsqu'ils sont discontinus

Il s'agit de ne pas les confondre avec les formations superficielles qui peuvent aussi affleurer sous forme de gros blocs (glaciaire, éboulements) :
Pour cela il faut pratiquer une sorte de statistique des orientations et pendages. Les panneaux rocheux ayant une disposition conforme à celle mesurée sur les affleurements sains voisins seront réputés "en place".
Lorsque la nature des éléments rocheux apparents change de façon rapide et aléatoire il ne s'agit pas de roche "en place" (la réciproque n'est pas vraie).

b) Distinguer les affleurements sains de ceux basculés et/ou glissés par "fauchage" du versant.

Pratiquer une sorte de statistique surles valeurs des pendages : des pendages varient entre des valeurs très fortes et faibles, tout en restant de sens opposé à la pente et d'azimut presque constant sont un indice de fauchage. C'est la valeur la plus forte mesurée qui est la plus proche de la valeur correcte.
Rechercher les entailles et arrachements permettant de voir ce qui se passe en profondeur mais se souvenir que le fauchage peut agir parfois sur une dizaine de mètres de profondeur.

c) Cartographier les secteurs masqués sous un voile de végétation ou de sol :

Pour guider le tracé des contours utiliser
- la morphologie (les photos aériennes sont particulièrement efficaces à cet égard) ;
- les changements de végétation (limites entre plantes acidophiles et calcophiles, plantes de terrains secs et humides etc...). Toutefois il faut faire preuve de prudence ;
- les "pierres volantes" disséminées sur le sol (à ne prendre en compte que sous l'angle statistique et en réfléchissant à la possibilité d'une origine allochtone) et les divers autres indices de la constitution du sous-sol : rechercher et examiner les chemins creux, les fondations d'ouvrages, les racines des arbres renversés, les déblais de terriers d'animaux (marmottes).

4/ Emploi des photos aériennes :

a) Intérêt :

Elles sont très utiles pour faire des interpolations et tracer des contours intermédiaires entre observations trop distantes.
Elles aident, lorsque l'on n'a plus le terrain sous les yeux à faire la coordination des observations et à échafauder des hypothèses interprétatives

Elles sont souvent utilisées comme support de dessin (pratiquer le lever direct sur photos aériennes zénithales agrandies plutôt que sur des calques), en cas de cartes défectueuses ou à trop petite échelle : meilleur repérage et dessin correct des contours ultérieurement réduits.

b) Matériel à employer :

Stéréoscopes "de poche" pliants (ils peuvent même être emportés sur le terrain).
Clichés "contact" sur papier brillant (à peu près 20 x 20 cm) pour l'examen stéréoscopique.
Agrandissements sur papier mat (restent nets jusqu'au format 60 x 60) pour le dessin

c) Précautions et réserves.

- Attention aux déformations perspectives :
. changement d'échelle entre centre et bords ;
. versants faisant face au centre élargis et ceux faisant face aux bords rétrécis ;
. Azimuts des lignes inscrites sur les pentes non respectés
- Attention aux artefacts :
. lignes d'origine non structurale (coupes de bois, anciennes installations humaines, entailles d'érosion dans des alluvions, etc...)
. alignements fortuits de points ou de tronçons de lignes

L'imagination fait souvent "voir" des images structurales qui ne correspondent à rien et, inversement, bien des faits passent inaperçus, notamment en cas de couverture végétale ou alluviale importante.

5/ Mesures de terrain

a) Méthodes de mesure sur l'affleurement :

1- que mesurer :

- distinguer d'abord les surfaces structurales des surfaces d'érosion : utiliser plutôt les surfaces qui s'engagent dans la roche (y insinuer le porte carte et mesurer sur la partie dépassante) que celles qui ont été dénudées (commodes à utiliser mais résultant souvent d'un biseautage par l'érosion).
- distinguer ensuite les litages obliques et les clivages tectoniques des surfaces de strates (employer une manière différente pour noter leurs paramètres). Les surfaces de strates ne sont en général pas de simples plans mais correspondent à une bande, plus ou moins mince, de nature un peu différente du reste de la roche.

2- apprécier la représentativité de la mesure

Elle est fonction de la variabilité d'attitude de la surface mesurée (la présence de gondolements est fréquente).
Il faut donc trouver quelle est la meilleure mesure, significative de l'ensemble et cela s'apprécie mal, lorsqu'on a le nez sur le point de mesure : il est très fructueux de se faire aider par un coéquipier qui reste un peu en recul. On peut aussi faire plusieurs mesures et prendre une moyenne.

b) Méthodes de mesure à distance.

Contrairement à un avis répandu les mesures faites à distance, par visée, sont très recommandables car elles permettent, en traitant une surface plus grande d'un seul coup, de se dégager des causes d'erreur liées aux mesures ponctuelles sur l'affleurement.
On peut déterminer azimuts et pendage de surfaces ainsi que, plus exceptionnellement, axes de plis ou d'intersections de surfaces.

Toutefois pour éviter les dangers de cette méthode il est fondamental de respecter deux principes :

. Ne faire de mesure que si le regard est orienté de telle manière que la ligne de visée soit dans le plan de la surface à mesurer : pour obtenir ce résultat il faut se déplacer latéralement. D'autre part on n'appréciera vraiment bien le fait que l'on soit dans une telle situation que si la surface présente des secteurs un peu dégagés et des redans permettant d'apprécier si on la voit "de dessus" ou "de dessous".

. La mesure de la valeur du pendage proprement dit est des plus simples puisqu'il suffit de faire coîncider le bord de la boussole, tenue à la distance de vision distincte, avec la surface à mesurer.
Pour les mesures d'azimut il faut veiller à viser à l'horizontale, c'est à dire qu'il faut le faire en direction d'un point de la surface concernée qui soit à la hauteur de l'oeil. Deux remarques en découlent :
a) Cela implique en fait de disposer d'une boussole donnant une visée horizontale directe (monture en clisimètre : type Méridian-Oulianoff) ou un contrôle de l'horizontalité par observation d'un niveau à bulle, à l'aide d'un miroir, en cours de visée (type grosse Topochaix).
b) Si l'affleurement est au dessous ou au dessus de l'oeil, on prolongera, par le porte-carte vu de profil, la surface à mesurer jusqu'à ce qu'elle coupe l'horizontale.

D/ Techniques de tracé ("tenue de la carte") :

Le dessin sur le terrain

Les affleurements ne sont pas toujours faciles à délimiter avec précision. On a donc intérêt à combiner deux techniques de dessin, celle des affleurements cernés d'un contour et celle des taches de couleur à limites non tracées.
En fait la première technique s'applique plus aisément aux limites entre roche en place et couverture quaternaire : en effet cette dernière se repère souvent à sa morphologie propre, qui permet de bien délimiter les plages qu'elle occupe (cas notamment des jupes d'éboulis cones de déjections et terrasses, caractérisés par l'uniformité de la pente qui leur correspond).
La seconde technique s'impose plus particulièrement dans le cas des affleurements partiellement masqués où ce n'est qu'en fin de travail qu'il conviendra d'apprécier comment et dans quelle mesure on peut interpoler entre deux point d'observation du même terrain. Il est avantageux d'indiquer au vu même du terrain les interpolations qui paraissent pertinentes (par exemple par de hachures plus ou moins légères de la teinte correspondant à la formation masquée).

On distinguera avantageusement les contours de divers types (stratigraphiques / anormaux "tectoniques", observés / interpolés, morphologiues, etc...) par des traits différents (gras, fins, tiretés, pointillés, barbulés et autres).

Le choix des couleurs doit être fait en fonction de la lithologie (de façon à ménager éventuellement des intermédiaires et des alternances et à bien faire ressortir les différences entre formations telles qu'on les voit dans la nature) et non d'une échelle stratigraphique plus ou moins standard (en ce cas on serait en permanence confronté à des problèmes de distinction entre des nuances trop proches).
L'application de la teinte sur la carte peut se faire de diverses manières, pour nuancer le degré de précision de l'observation :
- hachures pour les affleurements mal visités ou incertains car masqués,
- à plats pour ceux bien établis (roche nue),
- figuration de traces de bancs pour ceux où la disposition des couches est bien visible (il s'agit de tracés symboliques, car seuls quelques bancs peuvent être représentés, mais ils doivent être disposés selon le tracé réel observé sur le terrain). Cette dernière manière de faire est très avantageuse pour mettre en évidence les éventuels problèmes d'organisation structurale.

Un grand principe est de ne rien faire de définitif ni d'irrémédiable : la carte se construit toujours par corrections successives (sauf explorations rapides évidemment).
Cela a des conséquences dans le choix du matériel de travail : pas de dessin à l'encre ni aux crayons indélébiles ("Prismalo" à proscrire !). Importance de la manière dont sont taillées les mines des crayons noirs et de couleur ....(préférer des crayons un peu tendres mais bien taillés plutôt que durs).

Les reports "au propre" :

D'une façon générale il est souhaitable de réaliser trois exemplaires de carte à partir des levés

- l'un, à même échelle que la minute de terrain, est l'exemplaire "propre" de sauvegarde, où sont reportées aussi vite que possible les observations nouvelles, avec le plus de fidélité (mais aussi de clarté) possible.
- une carte simplifiée, à échelle plus petite, sera avantageusement confectionnée : on y tentera une synthèse des observations en remplissant les intervales correspondant aux zones masquées et elle pourra servir de base à l'élaboration d'un schéma d'organisation (schéma structural pour les régions tectonisées).
- les minutes de terrain sont en outre à conserver précieusement, car aucune copie n'est aussi fiable que le documùent original. À ce propos l'auteur préfère multiplier les minutes, en photocopiant autant de fois que nécessaire le fond topographique, plutôt que de risquer de perdre sur le terrain les levés faits antérieurement. Cela a pour second avantage d'éviter les ratures et surcharges, si l'on repasse dans le même secteur en l'abordant sous un angle différent.
Toutefois cette méthode doit être nuancée car elle a l'inconvénient de ne pas mettre sous les yeux ces levés antérieurs pour les confronter sur place avec les nouvelles observations : un report préparatoire du dessin des zones marginales de celle à visiter, sur le fond nouveau à emporter, constitue une bonne parade. Elle a l'avantage supplémentaire de faire un inventaire des données acquises et, par conséquent, des hypothèses en découlant pour le secteur à visiter : celles-ci peuvent être exprimées par un dessin hypothétique, en teintes légères (qui sera modifié lors de la visite).

Les notations (structurales et autres) :

Symboles à utiliser.

Pour les formations et les membres qui les subdivisent, la plupart des auteurs adoptent des abréviations tirées du nom de la formation (cFs pour "calcaires du Fontanil supérieurs" par exemple). L'emploi d'une notation conventionnelle basée sur les étages, comme celle des cartes du BRGM est totalement à déconseiller car impraticable pour le travail de terrain (elle est systématiquement à modifier pour l'adapter aux besoins locaux et n'est pas aisée à mémoriser sans risque d'erreur).

Pour les mesures structurales on adoptera des symboles de pendages distincts pour les strates (pendage indiqué par une simple barre orthogonale à l'azimut), pour les clivages (pendage indiqué, par exemple, par la pointe d'un triangle) et pour les surfaces de cassure (azimut indiqué, par exemple, par une double barre)
Inscrire la valeur de l'azimut, en degrés (ou grades) : il est en effet impossible de l'indiquer de façon suffisamment précise par le simple dessin orienté du symbole de pendage. Il en va de même pour la valeur du pendage, que le systéme des traits de longueur proportionnelle au pendage, anciennement utilisé au 1/80.000°, ne peut indiquer de façon suffisamment précise pour les besoins actuels.
Sur le terrain il est recommandé de bien contrôler le sens du pendage en le formulant en clair, par une indication sur le secteur de l'hrizon dans lequel se trouve l'azimut : N ou S, W ou E (des erreurs de 180° ou 90° sont en effet faciles à faire, surtout si la carte n'est pas bien orientée).

Pour les plis il est toujours bon de marquer un symbole de charnière en le disposant de la façon dont celle du pli se dessine réellement dans le versant où on l'observe. C'est par une terminaison en pointe ou en queue de flèche que l'on indiquera s'il s'agit d'un pli antiforme ou synforme.
Les avis sont partagés en ce qui concerne le tracé des contacts anormaux tectoniques (trait gras, trait de couleur, trait ordinaire ?) et les symboles à utiliser pour les désigner (x-- ou Ø--) : il est vrai que ce genre de notation relève plus de l'interprétation que de l'observation objective.

Manière d'enregistrer les mesures

Selon l'échelle et la densité des observations, c'est-à-dire selon la place disponible, on peut procéder de diverses manières : en clair, en noir ou en couleur (rouge sur fond de carte noir par exemple) ; au dos de la carte (à l'emplacement d'un trou d'épingle repérable ainsi sur la face endroit sans la surcharger d'écritures) ; sur carnet avec numéros sur la carte ; double notation : sommaire et allégée sur la carte (signe de pendage et numéro), plus détaillée sur le carnet (un croquis est utile dès que plusieurs surfaces de recoupent).

Documents annexes :

Croquis de carnet : fragments de carte agrandis pour les secteurs complxes et/ou à forte densité d'observations, coupes et schémas d'affleurements (cas de mesures de schistosité interférant avec des couches notamment, ou de localisation de récoltes paléontologiques ou autres).

E/ Aspects propres aux formations quaternaires et superficielles

Leur distinction :

Morphologie et coupes naturelles

altérations.

Techniques graphiques propres :

contours = morphologiques : surfaces et rebords

couleurs = chronologiques

caractère ponctuel des observations lithologiques : en garder la trace sur la minute par un symbole adéquat

 

ANNEXE

Principaux types de géométries pouvant être rencontrées dans le dessin des contours

1- Géométries se traduisant par une sinuosité des contours

Dans les cas où elles ne peuvent être expliquées par la simple intersection des couches par une topographie onduleuses on peut en déduire qu'elles traduisent des plissements. Les plis se dessinent sur la carte différemment selon la disposition de leur axe.
En ramenant schématiquement le problème au cas d'une surface topographique plane et horizontale :
- si l'axe est vertical (cas relativement rare) la surface topographique en donne une coupe parfaite ;
- plus l'axe se rapproche de l'horizontale plus le dessin est caricatural, la courbure du pli étant étirée dans le sens de l'axe (et affectée de sinuosités parasites liées à l'intersection avec les accidents de la topographie) ;
- si l'axe est horizontal les flancs sont parallèles.
Si l'on prend en compte l'influence d'une topographie accidentée on doit se dire que le schéma précédent est valable mais que le résultat sera plus complexe, le dessin des contours dans les flancs de pli étant seulement rendu sinueux par les V topographiques introduits par chaque vallée et chaque crête traversée.

2- Géométries se traduisant par une convergence ou des intersections des contours

Elles peuvent être dûes à des dispositions soit sédimentaires soit tectoniques.

- Les contours convergent lorsqu'il y a amincissement des couches :
- cela peut aussi être simplement lié à des changements latéraux de faciès, par changement de taux de sédimentation d'un faciès à l'autre.
- lorsque cela affecte successivement plusieurs niveaux, dans le même sens, il s'agit souvent de "discordances progressives" liées à des basculements pendant la sédimentation.
Les deux peuvent d'ailleurs se produire simultanément.

- Lorsque un contour coupe successivement, en oblique, une série d'autres contours il y a discordance entre deux séries.

Deux interprétations sont a priori possibles, l'une tectonique (contact anormal par faille ou chevauchement), l'autre purement sédimentaire (disparition d'un ou plusieurs niveaux, par "lacune").

L'origine tectonique est facile à caractériser dans le cas des failles inverses et des chevauchements : en effet l'ordre de succession stratigraphique n'est conservé que de part et d'autre de la discordance alors que cette dernière ramène des terrains relativement anciens sur les plus récents. Par contre les failles normales ne font qu'introduire une lacune dans la succession et des critères autres que la simple discordance géométrique devront être recueillis pour lever l'incertitude.

Dans le cas où l'origine tectonique est écartée plusieurs cas sont encore possibles.

a) Si les couches supérieures à la discordance sont seules coupées en biseau il s'agit
- soit de couches qui se sont déposées horizontalement en s'appuyant sur d'autres inclinées ("onlap" par ennoiement d'un talus sédimentaire sous une sédimentation débutant à son pied) ;
- soit de couches qui se sont déposées inclinées sur d'autres plus horizontales ("downlap" de progradation d'un corps sédimentaire vers le large).

b) Si les couches inférieures à la discordance sont seules coupées en biseau, les strates situées au dessus d'elle étant disposées parallèlement à la discordance, il s'agit de reprise de sédimentation sur des strates érodées en oblique.

c) Enfin si les biseaux affectent les couches des deux cotés de la discordance il s'agit de onlaps sur paléopentes érodées (en général à la suite d'un basculement).

- Les dispositions lenticulaires, c'est à dire par doubles biseaux de sens opposé sur la même strate, sont le plus souvent dûes à la répartition originelle du sédiment, en loupe ou en langue, ou encore en remplissage de cuvette ou de chenal. Elles peuvent aussi être dûes à une disposition synclinale sous une discordance, voire à une navette le long d'une surface de faille.

  


Voter pour ce site ?